Lorsque méditation et psychanalyse se rencontrent

méditation et psychanalyse

Méditation et psychanalyse se complètent

Que ce passe t’il lorsque deux disciplines que la médecine orthodoxe reconnaît enfin, après des décennies de méfiance, comme étant du plus haut intérêt pour le bien-être humain, lorsque les deux disciplines, donc, que sont méditation et psychanalyse, se rencontrent sur un sol commun ? Nicolas D’Inca, Psychologue clinicien de formation analytique, pratiquant à l’Ecole Occidentale de Méditation, nous fournit des éléments de réponse.

Méditation et psychanalyse

En une époque où l’humanité est souvent utilisée à des fins économiques et par là bafouée, être humain s’apprend, avec peine certes mais s’apprend toujours.

Loin de se limiter à une technique qui nous permet seulement d’atteindre plus de calme, La méditation développe l’entièreté du rapport à l’existence. Elle ouvre avant tout un autre espace de vie, et permet donc une autre entente de l’être humain.

Faisons un parallèle avec la communication. Elle nous sert, au niveau le plus basique, à exprimer un besoin, une idée, un sentiment. Elle est utilitaire. Maintenant, pensez à la poésie, qui rend à la langue sa liberté. La communication cesse donc d’être instrumentalisée. Et de même, l’esprit en méditation n’est pas utilisé pour calculer ou solutionner, mais simplement rendu à son plein déploiement. La portée de la méditation entendue en ce sens est grande, puisqu’elle pourrait permettre d’établir un nouvel humanisme moderne, reposant sur des dimensions non fabriquées, non artificielles, que l’on va trouver à l’intérieur de soi et la prise de conscience de ce qui est existe et importe vraiment, libère, allège et a un grand impact sur la vie de tous les jours et sur notre rapport à autrui.

Cette voie de libération n’a-t-elle pas transformé la vie de milliers de pratiquants depuis vingt-six siècles ?

Le Dr d’Inca n’en a pas fini avec la poésie, bien au contraire. Ce qu’il tente de nous expliquer, c’est toutes ces disciplines s’articulent autour du même besoin de s’affranchir du carcan qui pèse sur nos épaules. Et bien sûr, affirmer que la méditation ait un rapport si direct avec la poésie peut surprendre. Cela paraîtrait sans doute tout aussi étrange si les psychanalystes s’en réclamaient, et rapprochaient leur pratique d’une tentative de poème. C’est pourtant l’inflexion suivie par Jacques Lacan, dans sa quête renouvelée d’un rapport plus libre au désir où l’ignorance n’aurait pas le dessus sur la vérité. Dans un séminaire de 1976-77 (non publié), un de ses derniers, il incite les psychanalystes à s’inspirer de la poésie dans leurs interventions auprès des patients. L’objectif ? Une manière neuve de redonner à la parole toute l’inventivité, toute la réalité individuelle. Il s’agirait, dit-il, de « donner l’idée d’une structure qui incarne le sens d’une façon correcte », c’est « le tour de force » que réalise le poète. Lacan ira même jusqu’à dire « il n’y a que la poésie qui permette l’interprétation », ce qui renouvelle l’entente de la psychanalyse loin du carcan des concepts déjà connus d’avance, rendant la part de création propre à tout travail thérapeutique.

Ici le travail supposé de l’analyste, celui du poète et celui du méditant convergent parfaitement. Dans des mondes différents, ils visent à redonner sa vivacité à la vie, à retrouver une parole libérée, la justesse de son désir profond, à sortir enfin du règne de l’utilité. C’est cela qui est si touchant. Car le miracle, il faut bien l’appeler ainsi en nos temps de pression quotidienne et démesurée qui pèse sur l’homme, est le fait qu’une séance de psychanalyse s’abstrait de toute évaluation directe. On se raconte, sans savoir à quoi cela sert. En ce sens une analyse est un espace poétique qu’il est possible de se ménager dans l’existence. Parler pour rien, au hasard des mots, des images et des réseaux de souvenirs ou de significations qui s’imposent dans une logique qui échappe à l’emprise du moi. La méditation de même, par la liberté et la lucidité qu’elle ouvre.

La méditation, quand à elle, doit permettre à chacun de questionner sa propre expérience et de trouver les moyens de sa propre liberté, de retrouver un rapport plus authentique à sa propre vie. Jung écrivait à ses disciples : « Je ne veux être pour vous ni un sauveur, ni un législateur, ni un éducateur. Allons, vous n’êtes plus des enfants. Légiférer, vouloir améliorer, faciliter est devenu une erreur et un mal. Que chacun cherche son propre chemin. Le chemin conduit à un amour réciproque dans la communauté. » De ce partage naît l’amour. Etre attentif, par exemple lorsqu’on s’ouvre à l’autre tel qu’il est, voilà un geste d’amour. Chercher une voie pour vivre en commun et donner droit à l’humanité est un geste d’amour. Prendre sa vie au sérieux, se rendre plus sensible et disponible au monde, est amour.

Cette définition de l’amour se rapproche en fait tout simplement de la meilleure définition que l’on puisse donner de l’humanité dans son sens le plus noble, sans naïveté ni désir de se rapprocher d’une quelconque tendance dogmatique ou religieuse. On ne vous pousse même pas à prendre rendez-vous chez un psychanalyste, attention !

Mais nous croyons cependant que dans la recherche du « bien », nombreuses sont les voies, les chemins, et c’est à chacun de choisir le sien. Méditation et psychanalyse, ou bien d’autres encore…

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Discussion

  1. Robert Hawawini a écrit :

    Bonjour Pierre,
    Psychanalyse et méditation ont certes des lieux communs, bien qu’elles ne les expriment pas de la même manière, mais qu’importe. Elles sont cependant nées dans des civilisations spécifiques et ont de ce fait des différences fondamentales que je perçois mieux maintenant. Je propose d’en comprendre un aspect par la métaphore du sablier. Sa partie supérieure, évasée vers le haut, est la parole ; sa partie inférieure, évasée vers le bas, le souffle ; le goulot d’étranglement, les cordes vocales. La parole est la manifestation du souffle à travers les cordes vocales ; aussi, de chaque côté de ce goulot, toutes les fonctions de la parole sont celles du souffle. Chacune des civilisations occidentales et orientales a choisi son orientation : l’Occident par la parole, l’Orient par le souffle ; à condition et j’insiste là-dessus, que soit appliquée la seule condition qui permet de rentrer dans l’intérieur : le ralentissement du temps. La libre association de la parole ralentit aussi bien le temps que l’attention au présent du souffle. C’est un peu plus élaboré que ce résumé évidemment.
    J’ai une expérience de la psychanalyse et de la méditation, et n’hésite pas à affirmer que les deux techniques peuvent être utilisées ensemble, d’une manière permanente ou intermittente selon les besoins du cheminant. Mais ce n’est pas dans l’air du temps car les savoirs sont cloisonnés, les concepts ligaturés par la peur que nous avons de nous confronter au savoir de l’autre.
    Quant à supprimer les concepts, c’est une autre histoire.

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