La méditation selon Nisargadatta

Nisargadatta © Jitendra Arya

Nisargadatta © J. Arya

Article invité rédigé par Eric Bah de Tout Pour Etre Bien et Wellness Experience.

Longtemps j’ai cru que l’éveil était réservé aux solitaires, qu’une spiritualité accomplie passait nécessairement par une vie retirée de la société. Et puis j’ai rencontré Nisargadatta, à travers ses livres. Nisargadatta, un mari, un père, un petit commerçant travaillant dans la ville indienne la plus peuplée : Bombay, capitale commerciale de l’Inde et siège de la plus grosse production cinématographique du monde.

 

De la naissance à l’éveil

« Il n’y a pas de personne, et par conséquent il n’est question ni de naissance, ni de vie, ni de mort. » C’est en ces termes que Nisargadatta résume son existence. Mais pour le commun des mortels, Maruti Nisargadatta naît en 1897 et passe son enfance dans la ferme de ses parents au Sud de Bombay. Quelques années après la mort de son père, alors qu’il n’a qu’une vingtaine d’années, Nisargadatta ouvre une petite boutique de bidis, ces fines cigarettes indiennes roulées à la main. Puis il se marie et aura un garçon et trois filles. Il mène ainsi la vie paisible d’un père de famille jusqu’en 1933, date à laquelle il rencontre son maître Siddharameshwar, de la lignée des Navnath Sampradaya qui remonte à la nuit des temps. Siddharameshwar l’initie dans la tradition de l’Advaita Vedanta. Nisargadatta rapporte : « J’ai fait ce qu’il m’a dit de faire. Tout mon temps libre, je le consacrais à m’observer en silence. Cela opéra en moi un changement rapide et profond. Il ne me fallut pas plus de trois ans pour réaliser mon être véritable. »

Errance et enseignement

Un an après la mort de son maître, en 1937, Nisargadatta entame une vie de moine errant. Mais quelque temps plus tard, il se ravise ; considérant les défauts de cette vie retirée du monde, il décide de revenir à Bombay. Il rouvre son échoppe et s’aménage à l’étage une salle de méditation. Très rapidement, attirés par son immense sagesse, les gens viennent le consulter de toute l’Inde, puis des quatre coins du monde. Chaque jour, de 8 h 30 à 12 h 30 et de 16 h 30 à 18 h 30, Nisargadatta écoute avec bienveillance chacun de ses visiteurs. Se disant inculte et analphabète, il répond en marathi, sa langue maternelle, dans un style simple et tranchant. A partir de 1980, atteint d’un cancer de la gorge, il s’exprime de manière encore plus incisive, sans concession, allant à l’essentiel. Il délivre son enseignement jusqu’aux derniers instants de sa vie. Il meurt le 8 septembre 1981. Mais « ce qui n’est pas né, comment pourrait-il mourir ? »

L’attachement, notre prison

« Tous vos ennuis ont leur source dans votre identification avec le corps. » C’est le plus gros obstacle à notre libération : l’identification au corps et à l’esprit. Nous croyons être cela et nous restons attachés aux choses. C’est à cause de cette identification à l’entité corps-esprit que notre conscience se persuade qu’elle est mortelle. Mais en fait personne ne meurt car personne n’est né. Pas de naissance, pas de mort. Tout ce qui arrive a lieu dans le champ de notre conscience qui n’est rien de moins que la conscience universelle. « Vous pouvez observer votre corps donc vous n’êtes pas lui. » De même que vous n’êtes pas les vêtements que vous portez, vous n’êtes pas ce corps que vous habitez. Notre conscience était là avant le corps-esprit ; elle sera là après. L’être est transitoire. En ramenant notre conscience à cette infime partie d’elle-même, nous construisons la prison de nos illusions.

A quoi sert l’être ?

« Depuis quand et comment peut-on avoir l’expérience du monde ? Comprenez-le une fois pour toute, on ne le peut que grâce à l’être. » L’Absolu ne peut pas se ressentir lui-même. Dans l’une de ses conversations, Nisargadatta compare l’être à un télescope. Vous pouvez étudier la lune et les étoiles grâce à un télescope. Mais vous n’êtes ni le télescope ni le ciel que le télescope vous aide à scruter. L’être est indispensable à la conscience absolue pour observer le monde manifesté. Cependant l’Absolu n’est pas l’être, l’outil par lequel se fait l’observation. Il n’est pas non plus l’objet de l’observation, le monde manifesté. Pour qu’il y ait connaissance, il faut que l’être apparaisse. C’est l’être qui permet l’expérience. Un objet n’existe qu’à deux conditions. La première : il faut un objet. La seconde : il faut un observateur. L’erreur est de croire que l’être est l’observateur. Alors qu’il n’est que le télescope. Vous, l’Absolu, êtes l’observateur.

La non-dualité, c’est tout

« Je suis tout ce qui est et sans moi rien n’existe ! » Le principe de non-dualité repose sur l’indifférenciation entre l’individualité et la totalité. Tandis que l’Absolu se déploie en des milliards de formes variées, notre attachement à l’être nous joue des tours et nous fait voir chaque entité comme séparée des autres. Nous nous considérons comme des individus. Et en tant qu’individu nous appréhendons le monde de façon fragmentée. Cette illusion nous pousse à agir le plus souvent dans le sens de notre intérêt personnel, ou plutôt dans le sens de ce que nous croyons être notre intérêt personnel. L’individu n’est pas la réalité, mais un aspect de la réalité. Une goutte d’eau de l’océan est-elle séparée, différente, de l’océan ? Elle est l’océan tout entier, indissociablement. Nous sommes Un. Nous devons nous réveiller de ce mauvais rêve qu’est l’illusion de la dualité, de la séparation. Sans quoi nous ne faisons que nuire, au reste du monde, aux autres, et finalement à nous-mêmes.

La connaissance de soi mène à l’amour universel

« Quand vous savez, au-delà de toute incertitude, que la même vie coule dans tout ce qui existe, et que vous êtes cette vie, alors vous aimez tout, naturellement, spontanément. » Etre dans le Soi est le plus grand service à rendre à l’humanité. De la connaissance de soi découle l’amour. Lorsque que vous reconnaissez chaque chose comme faisant partie de vous, il n’y a pas plus de peur. Et lorsqu’il n’y a plus de peur, il y a la place pour l’amour. Cet amour est l’amour universel. Il ne s’adresse à personne en particulier. De même que la fleur exhale son parfum pour tous, sans discrimination, l’amour universel embrasse tout le monde. Il n’y a pas de chemin pour trouver cet amour : c’est notre nature profonde. Nous sommes à destination. En vérité, nous ne sommes jamais partis. Nous sommes la source. Nous n’avons pas à devenir ce que nous sommes déjà. Nous devons simplement voir ce que nous ne sommes pas.

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Pourquoi méditer ?

« Etre un avec CELA grâce à quoi nous savons que nous sommes, c’est la méditation. » Pour Nisargadatta, le premier objectif de la méditation est de prendre conscience de sa vie intérieure. Le second est de s’éveiller en remontant à la source de la conscience. « L’achèvement le plus haut que permette cette vie est la réalisation de notre être. » Une partie de nous nous est totalement inconnue ; nous l’appelons l’inconscient. Et parce que nous ne la connaissons pas nous en sommes esclaves. La méditation nous aide à connaître nos conditionnements, nos attachements. Chaque vice, chaque faiblesse que nous voyons en nous finit par disparaître. Et lorsque la totalité de l’inconscient s’est dissoute, le mental est apaisé. Nos actes deviennent justes ; ils ne sont plus ceux d’une marionnette dont l’inconscient tirait les ficelles. « La spiritualité n’est rien d’autre que comprendre le jeu de la conscience. » L’Eveil apporte Paix et Amour.

Comment méditer

« Pour celui qui cherche la réalité, il n’y a qu’une seule méditation : un refus rigoureux d’abriter des pensées. Etre libre de pensées est en soi une méditation. » Si vous débutez, il est préférable de méditer en un lieu calme, sans risque d’être dérangé. Plus tard, avec un peu d’expérience, vous serez capable de méditer n’importe où. « La méditation pratiquée aux premières heures du jour est utile et efficace. » Mais vous pouvez pratiquer en plus à chaque moment de libre. La méditation nécessite habituellement un objet de méditation : le méditant médite sur quelque chose. Mais le méditant était là avant ce quelque chose. Nisargadatta enseigne de supprimer l’objet. « Dans la vraie méditation, le méditant est seul sans aucun objet de méditation. » Commencez par laisser passer vos pensées en les regardant sans intervenir, sans vous y accrocher. Cela ralentira le mental jusqu’à ce qu’il s’arrête totalement. Lorsqu’un mot, une phrase surgissent, nous sommes entraînés à leur suite tels des somnambules. Vous devez rester juste avant que le mot jaillisse. C’est là que se trouve « Je suis », l’Absolu, avant l’apparition de l’être et de la connaissance. Restez simplement dans cet état. Il n’y a aucun effort à faire. Au contraire l’effort est un obstacle. Soyez c’est tout.

Méditation guidée

Prévoyez au moins vingt minutes. Installez-vous dans un endroit calme, de préférence dans la pénombre. Coupez votre téléphone, éteignez votre ordinateur. Asseyez-vous sur un coussin de méditation ou au bord d’une chaise. Lancez l’enregistrement et laissez-vous guider. Méditer est la meilleure chose que vous puissiez faire pour vous et pour le monde. « Si vous prenez au sérieux, les souffrances de l’humanité, vous devez perfectionner le seul moyen d’aide que vous avez. » Cliquez ici pour méditer.

Bonne méditation !

Méditer dans l’action

Comment inscrire la méditation dans sa vie quotidienne : en famille, durant son travail, pendant ses loisirs ? « Utilisez les pensées pour remplir vos fonctions et le reste du temps laissez-les couler d’elles-mêmes, sans interférences, sans desseins, comme l’eau d’une rivière dans laquelle vous ne puisez que lorsque cela est nécessaire. » En dehors de vos parenthèses de méditation, tournez-vous vers l’intérieur le plus souvent possible. Restez avec « Je suis » à la moindre occasion jusqu’à cela se fasse spontanément. Faites-en votre réalité. Soyez simple témoin de votre vie. Observez vos gestes, vos pensées. Veillez à rester en dehors de la scène. Gardez-vous de vous juger. En vous plaçant en témoin, vous vous situez hors du temps. Dans ce silence intérieur, votre mental s’apaisera, sortant peu à peu de la confusion. Et tous les recoins désormais éclairés de votre inconscient en dissolution viendront élargir votre conscience.

Le premier livre

Toutes les citations de cet article sont extraites de trois livres de Nisargadatta : Je suis (traduction Sylvain Josquin), Ni ceci ni cela (traduction Paul Vervish), Conscience et absolu (traduction Jean-Michel Terdjman). Sept livres sont disponibles en français. Nisargadatta n’a en réalité écrit aucun d’entre eux. Il s’agit de transcriptions faites à partir des conversations qu’il avait avec ses visiteurs. Ce qu’il y a, entre autres, d’original chez Nisargadatta, c’est sa disposition à répondre sans retenue aux questions sur sa vie intérieure. Si vous voulez comprendre ce qu’est un être éveillé, c’est assurément le sage à lire. Je vous suggère de commencer par Je suis. Paru en 1973, c’est le premier ouvrage à véhiculer la parole de Nisargadatta. Le propos est d’une impressionnante simplicité et d’une profondeur vertigineuse. Un grand nombre de sujets y sont abordés. S’agissant uniquement de conversations, vous n’êtes pas tenu de suivre un ordre de lecture.

Les dernières paroles

Bien que Je suis présente l’essentiel, lisez aussi Conscience absolu. Cet ouvrage contient les dernières paroles du maître. Il sait que ses jours sont comptés ; son style est direct, économique. Autant Je suis est percutant, autant Conscience et absolu est tranchant, Nisargadatta n’hésitant pas à congédier des interlocuteurs trop peu sérieux. Il meurt avant de pouvoir tenir l’ouvrage dans ses mains. « Plus rien ne m’atteint. » est sa dernière parole imprimée. Il existe peu de vidéos de Nisargadatta. Les images les plus connues sont celles d’un documentaire qui lui a été consacré : Awaken to the Eternal. Regardez aussi ce touchant film amateur en cliquant ici.

Eric Bah est l’auteur de deux blogs :
Tout Pour Etre Bien, pour prendre sa santé en main.
Wellness Experience, réservé aux masseurs professionnels.

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    meditation et non dualite, philosophie orientale

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